Hommage à une femme passionnée et passionnante…

Anne Ancelin schutzenberger
Crédit photo : Marie-Claude Bonnet-Thierry

Anne ANCELIN SCHÜTZENBERGER, psychothérapeute de renommée internationale, fondatrice de la Psychogénéalogie, professeur émérite de l’Université de Nice, fondatrice de l’Institut Français d’Analyse de Groupe et de Psychodrame, auteur entre-autres du célèbre « Aïe, mes aïeux », a choisi de rejoindre ses ancêtres, vendredi dernier, le 23 mars 2018, à l’aube de sa 100ème année.

Bien que d’autres avant elle aient pressenti l’existence d’une transmission inconsciente transgénérationnelle (Freud, Jung, Moreno, Abraham, Törok…), ouvrant ainsi la voie de cette discipline, c’est bien à cette Grande Dame que nous devons, dès les années 60-70, la véritable création et l’essor de la Psychogénéalogie, cette approche thérapeutique qui permet de débusquer des traumatismes familiaux transmis de génération en génération.

Infatigable dans sa volonté de transmettre, de « passer ce qu’elle sait », il y a encore peu, Anne ANCELIN SCHÜTZENBERGER continuait à travailler, à animer des sessions de formation pour thérapeutes, les accueillant même à son domicile lorsque se déplacer n’a plus été possible.

Je vous souhaite bonne route, Madame, et je vous remercie pour tout ce que vous avez apporté à la Psychogénéalogie ! Je souhaite être digne de vos enseignements et respectueuse de vos valeurs !

J’adresse toute ma sympathie à sa famille, à ses proches et à tous ceux qui ont eu la chance de collaborer avec elle et de profiter de son enseignement.

Extraits de son interview pour La CROIX :
Sa mère, une historienne, était issue d’une famille de l’intelligentsia russe ayant fui son pays en 1905. Son père, lui, était ingénieur. Ruiné lors de la crise de 1929, il disait à sa fille : « Tu en as de la chance, personne ne t’épousera plus pour ton argent, mais pour ce que tu es, ce que tu sais. »

À 18 ans, Anne Ancelin commence des études d’optique, qu’elle abandonne pour « faire son droit », jusqu’à la licence. Elle devient stagiaire chez un célèbre avoué et travaille dans une compagnie d’assurances. La Seconde Guerre mondiale et l’arrivée des Allemands à Paris vont bouleverser sa vie. Son père meurt, en route vers la déportation. Elle qui a fui Paris avec sa mère, entre dans la Résistance, mais voit aussi leur maison de Lozère brûlée, en 1944, par la division Das Reich.

En 1945, à la Libération, elle fait des enquêtes pour le Service de sondages et statistiques de l’opinion publique. C’est ainsi qu’elle monte à Paris pour interviewer le directeur de l’Institut de psychologie. Dans l’escalier, elle rencontre le professeur André Ombredanne, qui lui propose de devenir son assistante bénévole. Dans un autre escalier, à la Sorbonne cette fois, elle croise peu après un professeur qui l’invite à dîner. Son voisin de table est un certain Marcel-Paul Schützenberger. Ils se marient en 1948, puis ont une fille, Hélène. Après-guerre, dès la création de la première licence en psychologie, Anne Ancelin Schützenberger fonce. Un professeur lui conseille, pour pouvoir mieux aider les gens, de se faire psychanalyser. Suit une première analyse avec l’anthropologue Robert Gessain, alors directeur du Musée de l’homme, puis une seconde, avec Françoise Dolto.

Très vite aussi, Anne Ancelin décroche une bourse et part avec l’accord de son mari, sa fille sous le bras, étudier aux États-Unis, d’abord dans le Michigan, puis à New York, où elle approfondit sa connaissance des différentes approches du « psychodrame », dont celle de Jacob Levy Moreno. Il s’agit d’un jeu de rôles permettant de découvrir ce que chacun est vraiment.

Revenue en France, elle enseigne le psychodrame et l’adapte à ses convictions pour soigner des adultes en difficulté, ayant conscience de l’importance du « langage du corps et de l’espace ». Quand elle fait un génosociogramme, Anne Ancelin observe toujours la réaction des gens : s’ils se découvrent, s’ils affichent une rougeur inopinée, s’ils se mettent de face ou de profil, près ou loin du radiateur. « Tous les détails peuvent être l’expression, directe ou indirecte, des sentiments. »

L’intuition de ces transmissions familiales transgénérationnelles, parfois si toxiques, lui est venue en 1982. « On m’a demandé de voir l’épouse d’un diplomate suédois. Cette femme superbe souffrait d’un cancer. Elle avait 35 ans, l’âge auquel sa mère était morte. J’ai découvert à ce moment-là le système inconscient des répétitions familiales », assure Anne Ancelin.

Partagée entre son optimisme et le pessimisme de son médecin, un cancérologue très célèbre, cette dame décide finalement de quitter ce dernier. Mais elle accepte qu’il procède, sur elle, à un dernier examen réputé dangereux. Elle meurt sur la table d’opération, au même âge que sa mère. Par la suite, pour vérifier son intuition, Anne Ancelin a étudié des familles où les accidents de la route se répétaient de génération en génération, au même âge ou à la même période significative, le jour de la rentrée des classes, par exemple.

Prudence cependant. Selon Anne Ancelin, « certaines répétitions sont significatives, d’autres sont fortuites ou liées à des circonstances (le 14-Juillet, les fêtes votives, les vendanges, etc.) sans signification profonde ». De fait, le travail en psychogénéalogie est très délicat et Anne Ancelin Schützenberger n’hésite pas à dénoncer les « recalés du certificat d’études » qui se prévalent de compétences qu’ils n’ont pas.

« Psychogénéalogiste, ce n’est pas un métier. Il faut se faire aider par des thérapeutes ayant une solide formation universitaire », met en garde cette vieille dame qui, plusieurs décennies durant, a été enseignant-chercheur à l’université de Nice. Et participé à des colloques dans le monde entier.

Après cette vie bien remplie, Anne Ancelin Schützenberger affiche toujours un évident «plaisir de vivre» (titre de l’un de ses livres) et la conviction que « les choses positives arrivent quand on en a besoin ». Elle appelle cela la « sérendipité ». Elle qui adore les «polars», ceux d’Agatha Christie, ceux de Conan Doyle notamment, voue une admiration sans borne à Sherlock Holmes. « J’essaie de travailler comme lui, dit-elle. Souvent mon flair m’a aidée.»

La psychogénéalogie, l’une des grandes affaires de sa vie

[…]Ces transmissions-là, il faut aller les débusquer, parfois très loin en arrière, pour pouvoir mettre des mots dessus et s’en libérer.

[…] Anne Ancelin Schützenberger établit pour ses visiteurs ces fameux génosociogrammes. Jusqu’où remonter ? De préférence sur « six ou sept générations, au moins jusqu’en 1793, l’année de la Grande Terreur pendant laquelle la guillotine marchait à tout va ».

Pour Anne Ancelin Schützenberger, c’est indispensable si on veut vraiment débusquer les « loyautés familiales inconscientes et invisibles » qui entraînent tant de répétitions d’incidents et d’accidents dans une même famille. Pour guérir, le génosociogramme ne suffit d’ailleurs pas, une analyse ou une psychothérapie s’imposent souvent, en complément.

Elle précise : les « transmissions intergénérationnelles », c’est assez simple. C’est, par exemple, quand le fils du boulanger devient boulanger à son tour. Bien plus complexes sont les «transmissions transgénérationnelles. S’il existe, évidemment, des familles harmonieuses où les rapports sont fluides, beaucoup sont prisonnières, à leur insu, de traumatismes tenus secrets, ni digérés ni élaborés, mais confusément ressentis ou exprimés en maux. »

Paula BOYER

Je vous renvoie à quelques interviews d’Anne ANCELIN SCHÜTZENBERGER
Son site officiel
Article du Figaro (2011)
Article de Néosanté (2015)
Article La Croix (2011)

Quelques vidéos :

Son intervention dans l’émission INFRAROUGE

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